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Dans la deuxième partie je voudrais suggérer que, ces problèmes nonobstant, l’OCS est en passe d’augmenter son influence en Asie centrale et dans le monde plus largement. Et dans la troisième partie je vais proposer un renforcement de coopération OTAN-OCS en Afghanistan dans le but, entre autres, d’encourager les dirigeants russes à accepter que les relations internationales ne sont pas nécessairement un jeu à somme nulle dominée par l’Ouest et qu’il est toujours possible d’envisager des moyens de coopération qui sont mutuellement avantageux. Troubles récents dans l’OCS Depuis la fin de juillet dernier la Russie a fait trois démarches sur le plan international qui ont inquiété ses partenaires dans l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Premièrement il s’agit de la sévérité de sa réponse militaire à la crise en Géorgie. Pas que la Chine, non plus que les autres membres de la OCS, éprouvait de la sympathie pour les vainqueurs de la révolution rose, ou de la révolution orange d’ailleurs. Ni qu’ils acceptaient l’expansion progressive de l’OTAN, soit au Caucase, soit en Asie elle-même. Pas du tout. Mais quelles que fussent les circonstances atténuantes, les actions de la Russie en Géorgie révélaient une volonté de recourir rapidement à la force plutôt que d’épuiser tous les moyens de la diplomatie. Ce n’était pas du tout rassurant pour une Chine qui a consacré beaucoup d’efforts pendant la décennie dernière à démontrer que son nouvel essor serait paisible (heping jueqi) et ne présentait aucun défi fondamental au système international actuel, qui fait croire être attirée par l’idée de pouvoir doux (soft power), tandis que la Russie a fait preuve de pouvoir beaucoup plus musclé. Dans la mesure où la Russie et la Chine sont liées diplomatiquement, cela risquait de saper les réussites chinoises. Deuxièmement il s’agit de la décision de la Russie de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. Cela a démenti les déclarations sans cesse répétées et de la Russie et de la Chine qu’elles s’opposaient à tout changement de frontières internationales sans l’accord préalable de tous les intéressés. Mais ce n’était pas seulement la Chine qui a été troublée. Les autres membres de l’OCS, anciennes républiques de l’Union soviétique, se sont révélés autant et étonnamment désapprobateurs. Lors du sommet de l’OCS à Bichkek fin août, le communiqué officiel a condamné les provocations de la part de la Géorgie, mais il a demandé une solution paisible et, ce qui est le plus frappant, il se taisait sur l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud. En revanche, il soulignait le principe d’intégrité territoriale des états. Malgré les espoirs et les arguments de la Russie, ses partenaires refusent toujours d’accorder la reconnaissance à ces pays nouveau-nés. Evidemment ils craignent un précédent dont pourraient profiter des groupes séparatistes, soit en Tibet ou Taiwan, soit dans n’importe quel pays de l’Asie centrale. Troisièmement il s’agit de la dispute récente entre la Russie et l’Ukraine à propos de livraisons de gaz. Ici, encore une fois, c’est la Chine qui se sent la plus touchée. Plusieurs autres membres de l’OCS ont leurs propres gisements d’énergie. Ceux-ci n’auraient rien contre un éventuel haussement de prix de gaz sur le marché international, si tel était le résultat de la dispute. En effet le Turkménistan (qui n’est pas membre de l’OCS) a profité beaucoup du haussement de prix de livraison de gaz que lui a offert la Russie l’année dernière. Le projet de Poutine visant à établir une organisation internationale d’exportateurs de gaz, semblable à l’OPEP, offrirait aux pays de l’Asie centrale la possibilité de poids accru dans leurs négociations commerciales avec leurs clients, ce qui ne pourrait qu’augmenter leurs bénéfices. Et si ces pays se rendent parfaitement compte des implications de leur dépendance continue sur oléoducs et gazoducs traversant la Russie pour pouvoir exporter leur énergie à des tiers, ils savent aussi que, à ce moment donné, la Russie a plus besoin de leur pétrole et surtout de leur gaz pour satisfaire ses contrats internationaux que l’inverse. Donc en cas de dispute avec la Russie sur les prix de transmission, ils ont des cartes à jouer. Il n’en va pas de même pour la Chine, ou plutôt c’est plus compliqué. Bien sûr, la coopération avec la Chine peut offrir beaucoup d’avantages en matière de diplomatie et de sécurité coordonnées. Mais en ce qui concerne la provision de l’énergie, la Chine est largement déficitaire, à part la houille. Elle veut en multiplier les fournisseurs un peu partout dans le monde pour des raisons de sécurité, donc autant que possible loin du Moyen Orient, pour assurer la marche continue de son industrialisation rapide. Elle espérait beaucoup de la Russie. Pourtant elle se trouve toujours enchevêtrée dans des négociations à n’en plus finir avec la Russie sur les routes et les prix de livraison de pétrole et de gaz. Le spectacle d’une Russie prête à utiliser des moyens brutaux pour imposer sa volonté dans des négociations fondamentalement commerciales ne peut que semer des doutes dans l’esprit des dirigeants chinois sur l’éventuelle fiabilité de la Russie à long terme. Donc du point de vue du Kremlin ces trois événements ont marqué de nouveaux progrès dans l’élaboration d’une politique étrangère indépendante, visée à réaliser la «démocratie souveraine» préconisée par Sourkov et autres. Mais du point de vue de ses partenaires dans l’OCS, cela représente plutôt trois pas en arrière. Est-ce que cela est important? A mon avis, pour le moment, c’est important, mais cela ne représente pas de bifurcation dans le chemin de développement de l’OCS. Développement graduel de l’OCS Laissez-moi vous rappeler le contexte de la formation de l’OCS. Les premiers pas ont été pris en 1996 et l’institution a été formellement établie en 2001. Elle est née d’une exaspération commune de la part des dirigeants russes et chinois, convaincus que l’Ouest, et surtout les Etats-Unis, ne les traitait pas avec le respect qu’ils se croyaient mériter. Déjà en 1997 ils ont publié une déclaration commune sur les principes d’un nouvel ordre mondial multipolaire, fondé sur les principes d’égalité, de démocratie internationale et de respect mutuel et ils ont répété ces principes lors de l’inauguration de l’OCS en 2001. Malgré un certain rapprochement avec les Etats-Unis après les événements du 11 novembre 2001, l’invasion de l’Iraq, les projets d’installation d’intercepteurs anti-missiles dans la république tchèque et en Pologne, l’expansion continue de l’OTAN, la reconnaissance de l’indépendance de Kossovo… on ne manque pas de griefs que la Russie jette dans la direction de l’Ouest. Et en général la Chine partage les mêmes idées et les mêmes craintes là-dessus, même si elle les exprime d’une façon plus modérée. Par exemple, la Chine se méfie presque autant que la Russie d’une éventuelle expansion de l’OTAN. Et en matière de diplomatie, la Chine se targue d’être non seulement une puissance globale future mais aussi un représentant du monde en voie de développement ou du sud global. Par exemple, pendant la décennie actuelle la Chine n’a jamais voté autant de fois dans l’Assemblée générale avec l’Inde et contre les Etats-Unis que depuis son adhésion à l’ONU aux années 70. Donc la perception des dirigeants chinois des relations internationales actuelles a été en partie formée par les expériences d’exploitation par l’Ouest. Mais en même temps la China passe maintenant pour un partenaire diplomatique coopératif. Pour augmenter leur poids international, les fameux pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ont commencé à organiser leurs propres sommets annuels en marge des réunions du G8. En outre la Russie et la Chine ont consacré pas mal d’efforts à épaissir leurs relations. Leurs dirigeants se rencontrent plusieurs fois par an. Il y a eu une coopération très importante dans les domaines militaires, même si nous semblons en assister actuellement à un certain déclin. Et les deux régimes ont essayé de déposer un plus grand fondement populaire pour leurs relations, en déclarant l’an 2005 être l’année de la Russie en Chine, et 2006 l’année de la Chine en Russie. Et petit à petit l’OCS a réussi à se consolider. Elle comporte un centre pour coordonner la lutte contre le terrorisme. Elle a commencé aussi à coordonner les efforts nationaux de freiner le trafic en stupéfiants. En 2007 elle a organisé pour la première fois des exercices militaires en commun où les forces armées de tous les pays membres de l’organisation étaient représentées. Elle sert aussi à promouvoir la coopération économique dans la région, bien que jusqu’ici cela ait représenté un aspect moins important de son travail. Et en ce qui concerne la Chine, elle est importante parce que c’est la première organisation de cette sorte à laquelle la Chine populaire a adhéré et donc elle offre une gamme d’expériences et de points de réflexion sur les problèmes de ménager une alliance qui seront précieux à ses dirigeants. Pour toutes ces raisons, y compris le contexte dans lequel elle est née et aussi les avantages divers qu’elle offre pour résoudre ou du moins ménager des problèmes internationaux, elle sert à étoffer de façon concrète les relations russo-chinoises. Ces avantages vont sans doute prévaloir sur les inconvénients récents. Néanmoins, soyons clairs. A présent l’OCS n’est pas une alliance militaire. Les membres ne sont pas obligés à venir en aide au cas où l’un d’eux soit attaqué. Quoique les média russes tendent à caractériser l’OCS comme un contrepoids à l’OTAN, la réalité reste loin de là. C’est une organisation régionale comme beaucoup d’autres dans le monde et en fait elle n’appartient pas aux plus fortes. Vers une coopération approfondie en Afghanistan ? Au lieu de considérer l’OCS comme rival de l’OTAN, je voudrais suggérer qu’il vaudrait mieux chercher des moyens de coopération avec elle quand c’est dans notre intérêt. Une possibilité me vient à l’esprit : l’Afghanistan. A ce moment j’ai l’impression que la guerre contre le Taliban n’aille plus aussi bien qu’on ne le souhaiterait. L’OTAN semble ne pas pouvoir mobiliser assez de ressources et de troupes pour assurer la victoire. Pourtant l’objectif reste très important. Les membres de l’OCS eux aussi ont intérêt à la défaite du Taliban, d’autant plus que les membres de l’OTAN peuvent se retirer de la région si le conflit termine mal, tandis que les membres de l’OCS n’ont pas de choix. Ils doivent en vivre les conséquences, quelles qu’elles soient. Tous les membres de l’OCS se sentent menacés par le Taliban, mais ils refusent d’intervenir de façon militaire en Afghanistan. D’autre part, les dirigeants russes et chinois persistent à soupçonner les intentions de l’OTAN à long terme. Est-ce que l’OTAN veut s’implanter d’une façon permanente en Asie centrale ? Est-ce que l’OTAN veut transformer l’Afghanistan en une sorte de phare démocratique en Asie centrale, qui finirait par faire pression sur les autres pays de la région ? Si cette dernière idée était pensable auparavant, elle ne l’est plus maintenant. Il faudra des décennies pour bâtir une société, une économie et un système politique modernes afghans. Si les voisins peuvent y contribuer aussi bien que l’OTAN, tant mieux. En fait l’OCS a déjà entamé un dialogue avec le Président Karzai, qu’ils ont invité à participer à leur sommet en 2007. A mon avis le mieux serait d’encourager et renforcer la coopération limitée qui existe déjà entre l’OTAN et l’OCS. Cela offrirait trois avantages. Le premier, ce serait de diminuer la dépendance vis-à-vis du Pakistan en ce qui concerne le réapprovisionnement des troupes de l’OTAN. Le deuxième, ce serait de rassurer les membres de l’OCS qu’ils seront consultés et écoutés sur les intentions de l’OTAN dans la région même si l’absence de démocratie véritable y est regrettable. Le troisième avantage a trait spécifiquement à la politique étrangère de la Russie. A mon avis, le grand défi actuel à cet égard, c’est de persuader les dirigeants russes que les relations internationales ne soient pas, ou ne soient pas forcément, un jeu à somme nulle. Ils se proclament partisans d’une souveraineté aussi stricte que possible. Ils se veulent aussi moins dépendants du monde extérieur que possible. Il ne sera pas facile de les persuader du contraire. C’est un projet à long terme. Néanmoins la coopération en Afghanistan pourrait bien y contribuer, d’autant plus qu’elle me semble correspondre à l’intérêt des deux cotés. Et en général laissez-moi finir par une réflexion d’optimisme. Il est possible d’encourager le changement de comportement diplomatique d’un pays, même d’une grande puissance, avec le temps. Je voudrais signaler l’expérience de la Chine. Pendant la plupart des années 90, c’étaient les dirigeants de la Chine qui manifestaient une méfiance profonde envers l’Ouest. C’était le temps de la suite des massacres autour de la place Tiananmen, de la critique internationale, de l’embargo sur les livraisons et contacts militaires, etc. Les dirigeants chinois craignaient une intervention étrangère qui les balaierait du pouvoir. La stratégie diplomatique de la Chine n’était pas alors très sophistiquée. Elle était surtout défensive. Mais graduellement, encouragés par des expériences positives comme le retour de Hong Kong, les succès commerciaux internationaux stupéfiants, etc., ses dirigeants se sont rendus compte qu’ils pouvaient profiter de contacts avec le monde extérieur, que les relations internationales peuvent être un jeu à somme positive. Maintenant la Chine déploie une diplomatie des plus sophistiquées, qui évite de chercher noise à tout moment, qui essaie d’être coopérative même en défendant ses intérêts. Il n’est donc pas impensable que le même processus puisse réussir avec les dirigeants russes. De toute façon, c’est un jeu qu’il vaut la peine de jouer.     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